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La Tribune / Le Progrès – Saint-Etienne

11 Janvier 2008

Un triste fou rire


Le Théâtre Octobre de Lille présentait mercredi au Verso Mon corps en neuf parties, d’après huit textes de l’auteur contemporain Raymond Federman. Cela sentait le souffre, tant le dévergondage était affiché et le verbe dévergondé. Le sexe se taillait la part belle dans cette fiction autobiographique. Mais les cinq comédiens y découpaient aussi au scalpel les orteils, les oreilles ou le nez, neuf parties d’un corps qu’ils restituaient sous forme de puzzle jubilatoire. De fait, le corps souffrant devenait le symbole des misères du siècle dernier, qui laissa Federman orphelin à douze ans, sa famille entière réduite à l’état de savonnette.

Fidèle à l’esprit de l’auteur, le metteur en scène, Didier Kerckaert, a alterné les jeux de regards intérieurs et extérieurs, ne se privant pas de digressions. Entre délire joyeux et gravité, l’ambiance était celle d’un triste fou rire.

Dans l’espace presque nu, les comédiens, à la manière d’un groupe de rock rétro, jouaient sur le tempo de la dérision. Bonimenteurs, décalés, espiègles, vivaces, ils transgressaient tous les codes pour que le public n’en retienne qu’un : il faut rire avant de pleurer. Mais, ainsi que le dit Beckett : « N’est-ce pas la même chose à la fin ? »

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Les Trois Coups – Le journal du spectacle vivant en France

Décembre 2008

Un corps affligé en pièces divertissantes


La compagnie Théâtre Octobre, fondée en 1993 par Didier Kerckaert et Jean-Pierre Duthoit, exerce à Lomme, ville partenaire, où la compagnie dispose du théâtre Les Tisserands. La compagnie engage sur le terrain des actions de sensibilisation, établit la programmation du théâtre et s’attache à favoriser le répertoire contemporain. Jusqu’à ce jour, seize créations ont permis de découvrir leur travail. Cette fois, la compagnie s’empare du titre du roman de Raymond Federman, « Mon corps en neuf parties », et puise dans son œuvre littéraire pour réaliser une pièce puzzle. Raymond Federman est de ces hommes que la vie n’épargne pas, seul rescapé d’une famille juive décimée dans des camps de concentration.

« Quand on survit à ce que je nomme l’impardonnable énormité du XXe siècle, soit on se suicide comme Primo Levi, soit on éclate de rire devant la grande connerie humaine. En règle générale, j’aime faire rire le lecteur, faisant mienne la phrase de Beckett : “Rire ou pleurer, c’est la même chose à la fin”. »
Raymond FEDERMAN

Ces textes pétris pour la scène par la compagnie ne se jouent pas de manière linéaire, ni en continuité chronologique. Il s’agit de fragments de textes que l’on perçoit comme la vie de R. Federman, une fiction autobiographique dans laquelle le personnage central s’appelle « Namredef » et où alternent des moments graves ou comiques dans un jeu délirant, riant, enthousiaste. L’atmosphère, l’ambiance, l’esprit de la pièce reposent sur les pensées de R. Federman citées au préalable : rire ou pleurer, c’est la même chose à la fin.

Les comédiens évoquent aussi la guerre. Car Namredef l’a vécue, en a été meurtri et sauvé grâce à un placard où sa mère l’a caché ; les parents ont été tués. On parle de nazisme, de pétainisme, de Résistance – essentiellement composée de juifs, de marxistes, de communistes –, de l’écrivain bouffeur de nouilles, d’une stupide éditrice, de la belle tante Rachel, du massacre de sa famille, du jeune puceau qu’il était à 15 ans, des étonnants États-Unis, de la vie à la ferme, des orteils, dont l’un engage une réflexion psychanalytique, de cheveux à la romaine, des tribulations du sexe…

Cinq comédiens, joyeux lurons, jouent un jeu particulièrement décalé et humoristique. Namredef parle de son corps, comme si la tête en est détachée. Parfois, le personnage est incarné (je), raconté (il), commenté. La scène est couverte de peu d’objets, qui ne suggèrent pas vraiment un lieu, mais qui servent singulièrement le jeu. Les comédiens ne jouent pas toujours ensemble, le personnage peut être pris en charge par un seul, les autres le regardant jouer. Les costumes font penser à un vieux groupe de rock sur le retour. Quant à la relation entre les personnages, on peut imaginer ce que l’on veut, une famille de « oufs », qui aurait trop bouffé de Federman.

Dans l’ensemble, on passe une soirée divertissante, où le spectateur rit beaucoup des histoires concernant le sexe, bien portées par les corps des comédiens. La pièce est jouée depuis début novembre, le nombre des spectateurs a doublé, preuve qu’elle intéresse. En outre, le Théâtre Octobre peut susciter l’envie de découvrir la littérature, on irait bien faire un tour du côté de Federman.

Christine TROLET

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L’Echo de la Lys

Décembre 2007

Gérald Izing adulé tout entier


Jeudi dernier à l’Area, les amateurs de spectacle vivant se sont délectés devant une pièce de théâtre à la fois drôle et émouvante. Didier Kerckaert, metteur en scène, et la compagnie lilloise du Théâtre Octobre étaient fiers de présenter au public airois leur nouveau spectacle intitulé Mon corps en neuf parties. Il s’agit en fait en fait d’une adaptation de l’œuvre de Raymond Federman, auteur français d’origine juive, émigré aux Etats-Unis après la seconde guerre mondiale.

C’est avec beaucoup de justesse et d’inventivité que Didier Kerckaert a réussi à transformer l’œuvre de Federman, tant et si bien que l’on pourrait croire qu’il s’agissait déjà d’une pièce de théâtre. La tâche n’a pas dû être facile au regard du texte de l’auteur, qui écrit l’autobiographie d’un homme dont les souvenirs surgissent par l’évocation de diverses parties de son corps. Le résultat est totalement surprenant.

Ainsi le corps du narrateur apparaît comme le conteur de l’histoire d’une vie. Et cette vie est pleine de rebondissements : elle traverse la dernière guerre mondiale, la shoah, la rafle de 1942, la perte d’êtres chers, l’émigration aux Etats-Unis, et finalement connaît les débuts du jazz en 1947. Mais n’allez pas croire que la pièce était triste, bien au contraire. Voilà toute la magie du théâtre qui parvient à faire rire et pleurer en même temps !

Il faut dire que le jeu des acteurs contribue à plonger les spectateurs dans une mise en abîme où tous les registres sont permis. Ainsi tour à tour, les comédiens se mettent dans la peau d’une multitude de personnages, souvent espiègles ou loufoques. Les spectateurs étaient sans voix devant le talent de ces cinq comédiens : Julie Chaubard, Marie Denys, Jean-Pierre Duthoit, Philippe Polet et Gérald Izing. Quelle belle ascension pour ce dernier ; originaire de Molinghem, il avait commencé le théâtre à Aire-sur-la-Lys auprès de Bruno Masquelein et Catherine Colle.

Finalement Mon corps en neuf parties a suscité beaucoup d’émotions auprès du public, que ce soit pour la qualité de l’œuvre de Federman, la créativité du metteur en scène, ou encore le talent des acteurs : toutes les raisons étaient bonnes pour apprécier la pièce. La salle, presque comble, a d’ailleurs réservé un véritable plébiscite au spectacle.

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La Gazette Nord-Pas de Calais

22 Novembre 2007


Identités multiples

Qui connaît Raymond Federman, écrivain américain né à Paris en 1928 ?
Baptisé Namredef dans ses écrits, l’homme prend plaisir à étaler sa vie dans ses œuvres.
Avec humour et détachement. Transgressant malicieusement les codes de la narration.

Didier Kerckaert l’a rencontré il y a deux ans à Lomme, lors de la remise d’un prix litteraire. Séduit, le metteur en scène du Théâtre Octobre a décidé de compiler huit de ses romans pour un patchwork de paroles, et autres digressions. A la façon des bonimenteurs. Cinq comédiens (deux femmes, trois hommes) incarnent tour à tour ce Namredef toujours prêt à conter les épisodes de son existence. Sans omettre les moindres détails, sexuels de préférence. A la recherche d’une identité ? Le corps, en tout cas, se retrouve en état de grâce permanent. Comme un jeu, le personnage change d’habit en même temps que de voix. Sans chronologie, ni logique.

L’histoire aurait pu commencer en 1942, lorsque Raymond Federman, à 14 ans, échappe par miracle à la rafle du Vel d’Hiv en se cachant dans un placard. Mais sous sa plume, le drame devient dérision et se résume à une famille transformée en savonnette et en abat-jour.

C’est par un air de guitare que commence le spectacle. Comme pour mieux donner le rythme d’une bonne heure et demie de confrontation verbale. Tantôt monologue, tantôt dialogue, le texte file, fluide, joyeusement délirant, terriblement fascinant. Le défilé de personnages est permanent, monté sans temps mort. Avec, parfois, une pointe un peu trop appuyée de gauloiserie et de décontraction foraine.

Au fil de cette déambulation littéraire, Federman se dévoile en partie sous Namredef : engagé volontaire dans l’armée américaine, jeune nigaud dégourdi par une jeune fermière, enfant obnubilé par sa tante… Mais en sait-on vraiment davantage sur cet auteur singulier qui se permet de demander l’avis du public sur les notes d’intention de son œuvre ?

Gilles Durand

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SORTIR – Hebdomadaire culturel de l’Eurorégion Nord

07 Novembre 2007


Histoire d’un mangeur de nouilles

Ou la vie de Raymond Federman revue mais pas corrigée par

Didier Kerckaert et Théâtre Octobre

On s’amuse, on rit, on pourrait tout aussi bien pleurer d’ailleurs et c’est ce qui fait tout le prix et la réussite de Mon corps en 9 parties, le nouveau spectacle de Didier Kerckaert et de Théâtre Octobre. 
Le corps apparaît ici comme le conteur de l’histoire d’une vie, de la jeunesse à la mort. Entre deux il se passe pas mal de choses surtout quand cette vie traverse la dernière guerre, la Shoah, la rafle de 1942, la perte de tous ses proches, l’émigration aux Etats-Unis et les débuts du jazz en 1947.
Quand cette pauvre petite vie d’homme se frotte à la grande histoire, autant dire qu’elle en ressort essorée mais prête à se livrer, à raconter des choses simples et donc émouvantes pour nous tous. L’amour y tient une grande place, le sexe, la jouissance, la souffrance, la musique, la création … Federman écrit l’autobiographie d’un homme libre à travers son corps, ce qui donne un texte complètement loufoque et espiègle, car comme il le dit lui-même : « Faire le tour de son corps, ce n’est pas faire le tour de France à vélo » !
« Une vie racontée c’est toujours de la fiction ». Raymond Federman
Tout commence par une petite chanson un peu idiote et totalement absurde à propos du corps et d’un écrivain qui s’enferme à New York en ne mangeant que des nouilles pour écrire un roman. On s’aperçoit tout de suite qu’on va passer un vrai moment de théâtre où la réalité se retrouvera pour notre plus grand bonheur cul par-dessus tête, même si les moments grinçants, angoissants ou douloureux se mêlent à une franche gaîté. Une vie quoi ! Quant aux comédiens (Julie Chaubard, Marie Denys, Jean-Pierrre Duthoit, Gérald Izing, Philippe Polet), ils déploient sur scène une énergie et une force de conviction qui font littéralement exploser le texte de Federman adapté et mis en scène avec beaucoup d’inventivité et de justesse par Didier Kerckaert.
Françoise Objois

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La Voix du Nord

07 Novembre 2007


« Au théâtre, un tabouret peut être une bagnole, c’est là toute la différence »

Pour sa quinzième saison, le théâtre Octobre propose ce soir et jusqu’au 1er Décembre aux Tisserands à Lomme, une création, « Mon corps en 9 parties et autres digressions » à partir des textes du franco-américain Raymond Federman. Rencontre avec Didier Kerckaert, directeur de la compagnie.

Propos recueillis par Sophie Lefèvre

Vous dites que l’histoire ressemble un peu à un peintre qui ferait son autoportrait…
«  Oui, en fait « Mon corps en 9 parties » est le titre d’un des romans de Raymond Federman. C’est l’histoire d’un homme qui décide de faire le tour du propriétaire de son corps et de se limiter à neuf parties. Il s’observe dans un miroir, comme un peintre et remarque que non seulement son corps raconte son existence mais aussi celle de ceux qui l’ont précédé. C’est-à-dire que, par exemple, le fait qu’il ait les mêmes yeux que son père lui sert de base pour en parler. »

Cette pièce est donc une biographie de l’auteur ?
«  Presque ! Il faut savoir que Raymond Federman parle de lui dans tous ses livres mais on ne sait jamais ce qui est vrai. Ses œuvres racontent, à leur manière, la grande Histoire à travers celle de l’auteur. Il est né à Paris en 1928 dans une famille juive  polonaise. Lors de la rafle du Vél d’Hiv, la police a débarqué chez lui et a emmené ses parents et ses deux sœurs. Il a été sauvé par sa mère qui l’a poussé dans un placard où il s’est caché. Elle lui a dit « Chut » et cela a marqué toute son œuvre. »

C’est la première fois que vous adaptez un roman pour votre création annuelle…
«  C’est vrai. Mais son écriture appelle l’oralité. Ses bouquins sont comme des petits spectacles avec des dialogues entre l’écrivain et le lecteur. Il passe du coq à l’âne. C’est pour cela que nous avons ajouté « et autres digressions » au titre ».

Quels souvenirs gardez- vous de votre première rencontre avec lui lors de sa venue à Lomme en 2005 ? »
«  A 77 ans, il est arrivé de San Diego avec une énergie incroyable, un véritable appétit de vivre et un humour terrible. Il m’a beaucoup marqué. »

Tous les ans vous proposez une création à partir d’œuvres d’écrivains peu connus. Vous ne craignez pas d’être élitiste ?
«  Il est important que le théâtre soit un endroit vivant, qu’un discours n’écrase pas tous les autres. Et puis la preuve que nous ne sommes pas élitistes est que nous avons un public très mélangé. Beaucoup sont venus au théâtre pour la première fois ici. Par ailleurs, il est intéressant de faire découvrir des auteurs qui sont en plus poils à gratter. »

Votre mise en scène semble assez sobre une fois de plus. Pourquoi ne faites-vous jamais intervenir de la vidéo, par exemple ?
«  Je n’y suis pas fermé mais j’aime le côté artisanal du théâtre. Au cinéma, une bagnole, c’est une bagnole. Au théâtre, une bagnole ça peut-être un tabouret ou une table, c’est ça la différence. Nous proposons une espèce de songe éveillé. C’est là toute la poésie du théâtre. ».

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Version Fémina – La Voix du Nord

Novembre 2007


Un placard sans boulevard


La révolution d’Octobre aura lieu en novembre. Ce n’est pas une première, mais cette fois elle sera moins sanglante, plus souriante, placée sous la bannière artistique de Didier Kerckaert, metteur en scène du Théâtre Octobre.
La cible : Raymond Federman, auteur juif né en France en 1928 et exilé aux Etas-Unis après la libération. « Ma vie a commencé dans un placard » écrit-il en ce jour où il devint le seul rescapé d’une famille victime de la rafle du Vél’ d’Hiv. « La matière de ses livres c’est sa vie qu’il raconte comme une fiction, avec humour et un langage qui appelle l’oralité », explique Didier Kerckaert.
Le spectacle Mon corps en neuf parties et autres digressions va voyager à travers l’œuvre et l’existence surprenante de Federman, personnage « à l’intelligence pétillante » comme le décrit le metteur en scène du Théâtre Octobre. « Dans ses bouquins il n’arrête pas d’interpeller le lecteur et de partir en digressions. Sur scène nous allons tenter de restituer ce style avec un travail de conteur acteur bonimenteur. » Une tâche à laquelle s’attèlent cinq comédiens, dont Jean-Pierre Duthoit, cofondateur du Théâtre Octobre.
Suivant l’adage selon lequel on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, ce nouveau spectacle sera présenté seize fois aux Tisserands de Lomme, salle régie par le Théâtre Octobre. « Les répétitions ont démarré mi-août, précise le metteur en scène. On se donne le temps de travailler et de diffuser. C’est un pari qui me semble nécessaire à l’heure où les compagnies ont du mal à exister. »

G. Durand

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